Quels dangers pour l’huître ?

Quels dangers pour l’huître ?

l'huitreL’huître en questions :

C’est le titre d’un ouvrage rédigé par Catherine Flohic sous forme d’enquêtes et d’interviews auprès de différents acteurs de la filière et qui tente de percer les enjeux qui se posent sur l’avenir d’un des derniers produits naturels que la mer nous offre.

Depuis 2008 le virus herpès a frappé massivement les juvéniles détruisant jusqu’à  80 % du cheptel de certains parcs ostréicoles.  Aujourd’hui encore, les épizooties continuent de sévir dans les élevages. Une bactérie s’attaque désormais aux adultes « Dans plusieurs secteurs, les mortalités d’huîtres adultes n’ont jamais été si importantes et touchent indistinctement les diploïdes et les triploïdes », déplorent des responsables de la conchyliculture. De 130 000 tonnes par an,  la production d’huîtres  est tombée à 80 000 tonnes.  De là à rendre responsables du désastre les naissains provenant d’écloseries,  il n’y a qu’un pas.

Pour ou contre les huîtres issues de naissains provenant d’écloseries ?

On commence à découvrir – même si ce n’est pas interdit par la loi- que les œufs sont traités aux antibiotiques pour »garantir la qualité sanitaire des productions destinées aux élevages » .La domestication des espèces par l’homme et l’élevage pourrait modifier le capital génétique de l’huître et menacer à terme sa survie.

Pour ou contre l’huître triploïde, mollusque stérile fabriqué en écloserie ?

Tous les amateurs d’huîtres le savent : à l’arrivée des beaux jours, période de la reproduction pour  ces coquillages, les huîtres se gonflent d’une matière blanchâtre  peu appétissante qui freine leur consommation pendant l’été. Sauf que depuis une quinzaine d’années, la plupart des huîtres proposées sur les étals ne sont plus laiteuses.  L’explication de ce mystère de la nature ? C’est tout simplement que ces huîtres d’un nouveau genre sont triploïdes

Nés en 1997 dans les laboratoires d’Ifremer, ces mollusques possèdent dix lots  de trois chromosomes et non dix lots de deux chromosomes comme l’huître « normale » diploïde. Cette anomalie génétique rend les triploïdes stériles. Leur texture est donc constante toute l’année. Un avantage pour les touristes des stations de bord de mer qui peuvent désormais se régaler d’huîtres non laiteuses, et surtout pour la filière conchylicole  qui  s’affranchit ainsi de la tradition des mois en « r ». Cerise sur le gâteau, les triploïdes ne consommant pas leur énergie dans la reproduction, grossissent plus vite que les diploïdes, ce qui permet de ramener leur cycle de production de trois à deux ans. Une aubaine pour les ostréiculteurs qui, dans leur grande majorité,  se sont laissé séduire par cette championne de la productivité.

Faut-il étiqueter les huîtres triploïdes sur les étals des poissonniers ?

Les « triplo » représenteraient aujourd’hui 50 % des huîtres vendues en France.  Pourtant, aucun étiquetage ne permet aujourd’hui au consommateur de différencier les triploïdes issues de naissains (larves)  produits en écloserie, des huîtres « naturelles » issues de naissains de captage  dans le milieu marin. Il y a sur ce point un manque de transparence que le législateur tarde à réglementer.

Tétraploïdes : un risque  pour l’environnement ?

Les huîtres triploïdes sont obtenues par croisement d’huîtres diploïdes avec des huîtres tétraploïdes dont le nombre de chromosomes a été doublé par des procédés brevetés par l’Ifremer. L’organisme de recherche vend ses tétraploïdes aux écloseries qui doivent les détruire ou les restituer à l’Ifremer après utilisation. La fuite des tétraploïdes dans le milieu naturel serait une catastrophe écologique car ces super-géniteurs femelles pourraient se reproduire avec des huîtres diploïdes « sauvages » et donner naissance à des huîtres triploïdes donc stériles. En outre, la disparition des naissains de captage naturel rendrait les ostréiculteurs entièrement dépendants des écloseries.  Problème : le brevet d’obtention des huîtres tétraploïdes détenu par l’Ifremer expire cette année. Il pourrait donc échoir à des entreprises privées. Pour éviter ce scénario à la Monsanto, le Comité national de conchyliculture (CNC) envisage de se porter acquéreur du brevet. (extraits d’un article de UFC Que choisir de juin 2015)

Un autre sujet d’inquiétude : l’accroissement du taux d’acidité de l’eau de mer dû au réchauffement climatique. L’acidité des océans a augmenté de 26 % depuis des décennies en raison de la forte hausse des émissions de C02, dont ils absorbent près du tiers des quantités relâchées dans l’atmosphère. Cette situation est un facteur d’appauvrissement de la biodiversité marine, tant végétale qu’animale car elle entraîne une diminution du carbonate de calcium dans l’eau de mer nécessaire à la calcification des coquillages.

Ce phénomène concerne les huîtres car elles seront dans l’impossibilité de se développer convenablement étant donné la faible production de leur coquille agissant comme élément protecteur de leur croissance.

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